• Épisode 15 :
    Être accepté des autres

     

                Ce fut avec joie qu’Émilie se rendit à l’école, accompagnée de Dorémi, Fifi et Mindy. Malgré tout, elle était légèrement tendue. Elle s’apprêtait à faire sa rentrée dans un nouvel établissement. Et cela, en plein milieu d’une année scolaire. À peine avait-elle pénétré dans l’enceinte de l’école que tous leurs anciens camarades de l’école primaire l’encerclèrent.

    - Émilie !

    - Comment ça se fait que tu viennes ici ?

    - Tu es dans quelle classe ?

    - Pourquoi est-ce que tu es partie de ton ancien collège ?

    - Tu étais bien à l’école Karen avant, non ?

    Si Émilie s’était retrouvée dans la classe 7-1, ce n’était pas seulement parce qu’elle avait rattrapé tous les cours de ce groupe. C’était également par le faite que la classe 7-1 était celle comportant le moins d’élèves. Chaque année, les classes qui portaient le chiffre 1 avaient toujours un faible effectif d’élèves pour que les nouveaux arrivants puissent être admis dans une unique classe.

    Mais très vite, elle s’aperçu qu’elle n‘était pas la seule nouvelle à arriver aujourd’hui. Alors qu’elle arriva dans la salle des professeurs où son professeur principal l’avait convoqué, elle découvrit un jeune adolescent, assis sur une chaise, en face du bureau où se trouvait monsieur Akiota.

    - Ah, mademoiselle Fujiwara, asseyez-vous je vous prie.

    Émilie prit donc place à côté du garçon aux cheveux brun qu’il portait jusqu’au niveau des épaules.

    - Je vous présente monsieur Antonin Lionawa. Il va faire sa rentrée dans la même classe que la vôtre.

    Il attrapa ensuite deux feuilles.

    - Bien, pour commencer, voici votre emploi du temps. Vos cours s’étalent du lundi au vendredi. Vous commencerez toujours à huit heures trente et vous finirez à seize heures. Chaque cours dure entre quarante-cinq et cinquante minutes suivit d’intercours allant de cinq à dix minutes. Vous ne changez jamais de salle, hormis pour aller en sport. Ce sont vos professeurs qui se déplacent. Un planning a été fait dans votre classe afin de réaliser des tâches ménagères durant la pause de midi. Je vous ai personnellement inscrit dans ce planning, je vous laisse le soin de le regarder régulièrement.

    - Bien monsieur.

    - Si vous avez des questions, n’hésitez pas à venir me les poser. Vous pouvez également vous adresser à votre délégué de classe, un jeune homme du nom d’Hector.

    Émilie connaissait bien Hector, puisqu’il était délégué de classe l’année dernière dans la classe de Dorémi, Mindy et Flora.

    - Votre premier professeur de la journée va vous accompagner dans votre nouvelle classe pour que vous puissiez vous présenter à vos camarades.

    Émilie et le jeune Antonin se levèrent et attendirent leur professeur dans le couloir. Les yeux d’un vert foncé, il portait un sweet de cette même couleur, accompagné d’un short marron et de chaussures noires. Enfin, une chaussure noire… Car Émilie remarqua aussitôt que ce garçon avait un souci de santé. Marchant à l’aide de béquilles, elle constata alors qu’il lui manquait une partie de sa jambe droite. Mais elle n’osa pas aborder le sujet de suite alors qu’ils venaient tout juste de se rencontrer.

    - Tu viens d’arriver à Misora ? lui demanda-t-elle, cherchant à entrer en contact avec lui.

    - Non, j’ai toujours habité dans cette ville. Mais mes parents m’avaient inscrit dans un collège privé.

    - Et qu’est-ce qui t’a poussé à venir en public ?

    Antonin baissa la tête. À cette question, il n’avait pas vraiment envie de répondre. Du moins, pas à quelqu’un qu’il ne connaissait pas.

    - Et toi, tu viens d’où ?

    Comprenant qu’il ne voulait pas aborder le sujet, Émilie n’insista pas davantage.

    - Comme toi, j’ai toujours vécu à Misora. Mais j’étais au collège de musique Karen. Et je me suis vite aperçu qu’il était encore trop tôt pour partir dans une filière spécifique.

    - Tu as décidé de venir ici alors ?

    - Oui. Et je vais également pouvoir retrouver mes meilleures amies qui se trouvent dans notre classe.

    Antonin devint triste. Mais Émilie ne comprit pas pourquoi. Sa phrase l’avait-il vexé ? Et si oui, pour quelle raison ?

    - Excuse-moi si je t’ai vexé…

    - Non… ce n’est rien…

    - Tu es sûr que ça va ?

    - Oui, tout va bien… tout va très bien…

    Leur professeur arriva et les emmena dans leur nouvelle classe où ils durent se présenter. Et tout de suite après, Émilie prit place auprès de ses amies.

    - Vous ne pouvez pas savoir comme je suis heureuse d’être de nouveau avec vous les filles !

    - Il ne manque plus que Loulou et tout redeviendrait comme avant !

     

    Le soir, elles se retrouvèrent toutes à la boutique. Loulou arriva quelques heures après, à cause du décalage horaire.

    - Dites les filles, vous avez remarqué que le garçon qui est arrivé dans la classe avait une jambe en moins ? demanda Dorémi.

    - Oui, j’ai vu. C’est triste, s’exclama Mindy.

    - Je me demande ce qui a pu lui arriver.

    - Je n’ai pas osé lui demander. Mais… j’ai l’impression qu’il est triste, leur dit Émilie.

    - Comment ça ?

    - Eh bien, quand je lui ai demandé pourquoi il avait changé d’école, il a regardé le sol sans me répondre et a préféré changer de sujet. Et quand je lui ai parlé de vous, il a eu la même réaction.

    - C’est bizarre de réagir comme ça. Il a dû se produire quelque chose dans son enfance, intervint Loulou.

    - Oui, tu as raison. On devrait essayer de trouver ce qui le rend aussi triste.

    Mademoiselle Kiki et mademoiselle Coucou arrivèrent alors pour leur donner leur cours du soir.

    - Vous nous tiendrez au courant, leur dit Mindy et Loulou.

    En effet, c’était au tour de Mindy de rester à la boutique veillée sur Flora cette nuit et pendant la journée du lendemain. Mais justement, le lendemain, Dorémi, Émilie, Sophie et Dydy remarquèrent que le jeune Antonin restait constamment seul. Il repoussait toute personne essayant d’entrer en contact avec lui. Alors, elles décidèrent de lui parler. Émilie tenta de lui présenter ses amies.

    - Antonin ? Voici mes amies, celles dont je t’ai parlé hier : Dorémi, Sophie et Mindy.

    - Oui, j’avais remarqué.

    - Tu es sûr que tu vas bien ?

    - Et pourquoi est-ce que j’irais forcément mal ? Parce que je suis handicapé, c’est ça ?

    Toutes les quatre furent surprises par sa réponse si agressive.

    - Pas du tout, c’était simplement parce que tu restes tout seul en repoussant les autres. Pourquoi est-ce que tu refuses de discuter avec les autres camarades ? lui demanda Dorémi.

    - Ça ne te regarde pas. Alors maintenant, foutez-moi la paix !

    Il rentra ensuite dans la classe et pris place au fond de la salle, laissant les quatre amies dans l’incompréhension.

    - Je ne sais pas ce qu’il a, mais il n’est vraiment pas sympa, s’exclama Sophie.

    - Je ne comprends pas… Il n’était pas comme ça hier. Quand on était que tous les deux, on a réussi à discuter calmement…

    - Peut-être que… peut-être qu’il ne supporte pas la présence d’amis, tenta Dorémi.

    - Oui, c’est vrai ! Hier, vous n’étiez que tous les deux et il a pu te parler tranquillement. Aujourd’hui, nous étions avec toi et il est devenu agressif, confirma Sophie.

    - Vous pensez que j’aurais plus de chance de pouvoir lui parler en étant seule ?

    - Dydy !

    - J’irais lui rendre visite ce soir. On lui confectionnera de bons biscuits.

     

    Le soir venu, Émilie termina de préparer les biscuits à l’aide de ses amies. Sortant leur moulin à douceur :

    - Faites qu’Antonin puisse avoir le courage de vaincre ses problèmes qui le rendent si triste et si fuyant.

    Et elle se rendit à l’adresse où habitait le jeune Antonin, le paquet de biscuits à la main. Elle espérait simplement qu’il n’allait pas lui claquer la porte au nez. Arriver devant sa porte, elle sonna. Puis une charmante dame lui ouvrit :

    - Bonjour.

    - Bonjour madame. Je suis désolée de vous déranger aussi tard. Est-ce qu’Antonin est là ?

    - Antonin ?

    Elle parut surprise en entendant son nom. Émilie ne se serait quand même pas trompée de maison ?

    - Oui, je vous l’appelle.

    Elle s’éloigna de la porte d’entrée :

    - Antonin ? Tu peux venir s’il te plaît mon chéri ?

    - J’arrive maman.

    Quelques instants après, il arriva devant la porte :

    - Émilie ! Mais qu’est-ce que… qu’est-ce que tu fais ici ?

    - Je travaille dans une pâtisserie pour aider la propriétaire d’une boutique. Et j’ai eu envie de t’apporter quelques biscuits.

    - C’est juste parce que tu as pitié de moi…

    - Antonin, arrête de dire des choses pareilles ! Pourquoi est-ce que tu répètes ça à chaque personne qui essaye de parler avec toi ?

    Il sortit, et ferma la porte de chez lui :

    - Un petit tour ?

    - Avec plaisir.

     

    De leur côté, les filles avaient bien l’intention de savoir comment Émilie s’en sortait.

    - Maggie, on a une urgence. On peut te laisser Flora quelques minutes ?

    - Et la boutique alors !

    - On n’en a pas pour longtemps.

    - Eh ! Moi aussi je veux venir ! s’exclama Flora.

    - Flora, tu vas paniquer si tu viens avec nous. Il y aura une personne que tu ne connais pas avec Émilie.

    - C’est pas juste…

    Elles enfilèrent leur costume d’apprentie sorcière :

    - Pirouli piroula et voilà !

    Et elles attrapèrent leur baguette magique :

    - Pirikala Paporina Pékélatou Pépélato !

    - Pamékilak Larilori Palou !

    - Pouloulou Prune Fami Famifa !

    - Paparona Palouta Palali Papone !

    - Transforme-nous en magnifique petits oiseaux !

     

    Émilie et Antonin arrivèrent au bord du canal et s’assirent dans la bute recouverte d’herbe.

    - Émilie… je suis sincèrement désolé d’avoir réagi comme je l’ai fait à l’école.

    - C’est déjà oublié.

    - Tu n’es pas comme les autres personnes.

    - Comment ça ?

    - Je ne saurais l’expliquer. Mais j’ai l’impression que tu es différente. Tu voulais savoir pourquoi je répète sans cesse aux gens qui me parlent qu’ils le font parce qu’ils ont pitié de moi.

    Émilie le laissa continua.

    - Je suis né avec une malformation. Ma jambe ne s’est pas formée correctement. Si tu préfères, elle n’avait pas fini de grandir quand je suis né. J’ai appris à marcher à l’aide de béquilles très tôt. C’est pour cette raison que mes parents m’ont placé dans des écoles privées. Il pensait que ce serait bien mieux pour moi et mon handicap. Quand j’étais à l’école maternelle, les autres enfants s’amusaient avec moi parce que leurs parents leurs disaient que jouer avec moi. Ils leurs disaient que ce n’était pas parce qu’il me manquait une jambe que j’étais différent. Tout ça m’était complètement égal puisse que j’avais des amis. Enfin, c’est ce que je pensais. Arrivé à l’école primaire, je me suis vite aperçu que ces « amis » ne restaient avec moi seulement parce que j’étais différent des autres.

    - Et tu as commencé par t’en lasser.

    Il répondit positivement de la tête.

    - Je voulais être un enfant comme les autres. Ce n’est pas parce que je n’ai qu’une moitié de jambe droite que je ne peux pas faire comme tout le monde. Mais personne ne me comprenait. Chaque jour, c’était la même chose, les mêmes questions. Antonin, tu as besoin d’aide ? Antonin, tu veux que je porte ton sac ? Antonin, tu n’as pas mal à ta jambe ? Durant ma dernière année à l’école primaire, je me suis énervé et j’ai crié sur tout le monde. Et j’ai finis par me battre avec un de mes camarades. Après ça, plus personne ne m’adressait la parole. Mais cela m’était égal. Car je n’avais plus à supporter toutes ses questions, tous ses regards en coin qui me rappelait que je n’étais pas comme eux, que j’étais handicapé.

    - Mais tu étais constamment tout seul…

    - Mais je me sentais enfin normal. Je suis ensuite rentré au collège privé. Mais malheureusement, j’ai gardé les mêmes camarades qu’en primaire. Et cette fois, je me faisais insulter. Mes camarades ne disaient rien. Mais les élèves des classes supérieures ne cessaient de se moquer de mon handicap. Voilà pourquoi j’ai changé d’école.

    - Antonin, ce que tu as vécu devait être vraiment dur à supporter. Et je souhaite vraiment que cela ne se reproduise pas dans cette nouvelle école. Mais tu dois me croire quand je te dis que ce n’est pas en criant sur tout le monde que tes problèmes disparaîtront.

    - Je le sais. Seulement… je n’ai pas envie que tous ce que j’ai vécu avant de me retrouver tout seul recommence. Je ne veux pas que les gens viennent me parler uniquement parce que je suis handicapé.

    - Il y a des gens qui ne sont pas comme ça. Par exemple, je peux te promettre que si je te parle en ce moment, ce n’est pas à cause de ça.

    - Je le sais. Je l’ai su dès le premier jour où nous avons parlé. D’habitude, la première question que les gens me posent c’est : qu’est-ce qui est arrivé à ta jambe ? Mais toi, tu n’as pas posé cette question. Et j’ai su que ce n’était pas mon handicap qui t’avait poussé à me parler.

    - Tu as raison. Et tu sais, mes amies ne sont pas différentes. Elles ne jugent pas les gens en fonction de leur physique, de leur apparence ou autre. Elles jugent les gens en fonction de ce qu’ils sont vraiment, en fonction de ce qu’ils ont dans le cœur. Et c’est ce qu’elles ont fait pour toi.

    Elle lui montra le paquet de biscuits :

    - Ces biscuits, ce sont elles qui m’ont aidé à les faire. Et elles l’ont fait pour toi. Parce qu’elles veulent devenir ton ami.

    Il regarda alors le paquet que tenait Émilie.

    - C’est vraiment ce qu’elles veulent ?

    - C’est ce que nous voulons toutes.

    Il regarda ensuite Émilie et finit par lui sourire :

    - Alors… je veux bien devenir votre ami.

    Émilie lui sourit à son tour.

    - Et promet-moi que tu ne crieras plus jamais sur les gens comme tu le faisais jusqu’à présent.

    - D’accord, c’est promis.

    Elle ouvrit alors le paquet :

    - Tient, goûte-les.

    Il en prit un et le mangea :

    - Ils sont délicieux ! C’est vraiment tes amies et toi qui les avez faits ?

    - Oui, c’est bien nous. Et tu pourras passer à la boutique quand tu voudras.

    - C’est très gentil.

     

    De retour à la boutique, les filles purent exprimer ensemble leur joie d’avoir découvert pourquoi Antonin se comportait aussi étrangement, et surtout de savoir qu’il avait décidé de tout faire pour remédier à son attitude aussi désagréable. Et, en effet, le lendemain, les filles parvinrent à lui parler sans qu’il ne leur crie de partir. Et Antonin était bien plus souriant et bien mieux intégré dans la classe.

    Le soir, à la boutique, les filles durent se passer de la présence de Loulou :

    - Loulou vient de m’appeler, s’exclama Dorémi. Elle a un rendez-vous très important et elle ne pourra pas venir aujourd’hui.

    - On se débrouillera.

    Après leurs cours supplémentaires du soir, et après avoir fermées la boutique et laissées Émilie avec Flora et Maggie-Grigri au Maho-dou, Dorémi, Sophie et Mindy purent rentrer chez elles passer une bonne nuit de sommeil.

    Mais le lendemain matin, à l’école, Clara, une camarade de classe qui était avec les filles en primaire et qui rêvait de devenir journaliste, arriva en courant :

    - Loulou a été enlevée ! Loulou a été enlevée !

     

    Épisode 14: Vive Flora!

    Épisode 16: L'enlèvement de Loulou


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