• Épisode 25 :
    Négociations

     

    Les filles s’apprêtèrent alors à activer leur console bijou. Mais :

    - Eh bien, qu’est-ce qu’il vous arrive ? demanda Flora. Dépêchez-vous de mettre vos costumes, je veux sortir d’ici moi !

    - On a un problème Flora, s’exclamèrent les filles.

    - Mais quoi ?

    - Nos consoles magiques ont disparu.

    - C’est une plaisanterie !

    - Non, on ne te ment pas Flora. Nous ne pouvons plus utiliser la magie.

    - Il est possible d’empêcher que les pouvoirs d’une sorcière sortent d’un endroit, expliqua Camille. Mais plus les sorcières dont nous souhaitons bloquer la magie sont nombreuses, plus le sortilège doit être puissant.

    - Léonie s’est assurée que vous n’usiez pas de vos pouvoirs en vous les retirant sans s'affaiblir d'avantage avec son sortilège, poursuivit Sa Majesté.

    - Elle aurait peur de nous ? se questionna Sophie.

    Mindy s’avança alors, regarda en hauteur, à l’endroit où se trouvait auparavant l’ombre du visage de la sorcière Léonie.

    - Si vous nous avez retiré nos consoles, c’est parce que vous avez peur de nous, n’est-ce pas ? ce mit-elle à crier. Qu’est-ce que des humaines comme nous pourrions bien vous faire ? Vous pouvez me le dire ? Oui, vous avez vécu la guerre ! Vous avez vécu une enfance très difficile ! Mais vous n’êtes pas la seule ! Et Sa Majesté n’y est pour rien dans tout ça !

    - Mindy… je ne crois pas que ce soit une bonne idée… lui chuchota Dorémi.

    - Alors cessez de vous cacher et venez nous parler en tête à tête ! Si vous avez eu suffisamment de cran pour nous retenir ici, alors vous devriez en avoir suffisamment pour venir jusqu’ici ! On est prête à vous écouter et à vous aider ! On est prête à devenir votre amie ! Alors sortez de votre cachette ! Montrez-vous !

    Mais aussitôt, un très long ruban sortit de nulle part, s’enroula autour de Mindy, et la souleva de terre.

    - Mindy !

    Et tout de suite après, la fameuse sorcière Léonie entra dans le dôme magique où elles étaient retenues. Léonie n’était pas très grande, environ de la taille des filles. Elle avait un jolie visage qui, malheureusement, gardait des traces de son passé difficile et était par conséquent fermé. Néanmoins, Léonie paraissait très jeune. Elle était vêtue, comme la plupart des sorcières, d'une longue robe noire et portait autour du cou sa boule de cristal orange.

    Camille se plaça instinctivement devant Sa Majesté, qui la repoussa sur le côté.

    - Sorcière Léonie, je suis consciente de votre malheur mais je vous demanderais néanmoins de relâcher la jeune Mindy, s’exclama Sa Majesté. Je suis prête à vous écouter, mais je ne puis tolérer que vous malmeniez ces enfants.

    - Depuis que je vis dans le monde des sorcières, jamais une petite humaine ne m’avait parlé avec autant de conviction, avec autant d’insistance.

    - Mindy est quelqu’un de très franche, expliqua Dorémi…

    Elle relâcha alors leur amie.

    - Mon but n’est pas de faire du mal à qui que ce soit. J’ai vécu la guerre, j’ai vécu dans la souffrance. Et mon but n’est pas de reproduire le même schéma dans le monde des sorcières. Mon but est d’empêcher que tout ceci se reproduise dans ce monde. Et le seul moyen d’y arriver est d’empêcher la réunification des deux mondes.

    - Les humains ne sont pas les seuls à faire la guerre. Le monde des sorcières a également connu ça, expliqua Émilie.

    - Actuellement, le monde des sorcières peut vivre en paix. Et la seule chose que je souhaite, c’est que cela perdure encore longtemps. Mais si nous réunissons les deux mondes, alors cette paix ne pourra pas perdurer.

    - Mais comment vous pouvez en être certaine ? demanda Loulou. Les humains changent…

    - Les humains ne changent pas. J’ai vécu dans leur monde. J’avais une famille. J’avais des amis. J’étais heureuse. Mais ce jour fatal, je me suis rendu à l’école malgré les alertes. Ce jour fatal, notre belle ville a été bombardée. Ce jour fatal, j’ai tout perdu. Ma famille. Mes amis. J’étais seule.

    - Votre passé est très difficile, j’en suis consciente, poursuivit Sophie. Mais vous avez réussi à vous en sortir et…

    - J’ai été recueillie par une autre famille, qui m’aimait. Mais je ne parvenais pas à les considérer comme mes parents. Je ne parvenais pas à oublier. Je ne pouvais plus être heureuse.

    - Après un tel événement, c’est tout à fait normal de ressentir ce mal-être, enchaîna Mindy. Mais aujourd’hui, nous sommes là pour vous aider. Et nous ferons tout pour vous rendre de nouveau heureuse…

    - Quand je suis devenue une apprentie sorcière, je faisais tout ce que je pouvais pour aider ces pauvres humains victimes comme moi de ces massacres. Je me sentais enfin utile. J’avais des pouvoirs qui me permettaient d’aider les humains sans qu’ils ne le sachent. Jusqu’au jour où j’ai compris que ce cercle infernal ne s’arrêterait jamais. Chaque jour, il y avait toujours autant de massacres, autant de victimes à aider. Et les humains en sont les seuls responsables. Le jour où je suis devenue une véritable sorcière, j’ai abandonné l’idée de retourner dans ce monde maudit. Je vivais de nouveau heureuse, dans un monde où la paix régnait. Jusqu’au jour où vous avez réveillé Sa Majesté l’ancienne reine, et que vous avez levé la malédiction des grenouilles. Depuis, tous mes mauvais souvenirs reviennent. Et je ne puis tolérer que d’autres sorcières souffrent comme moi je peux souffrir.

    - Je pense que vous devriez écouter les conseils de ces jeunes filles, s’exclama Sa Majesté. Nous disposons de barrières magiques suffisamment puissantes pour refermer cette fameuse porte qui relie les deux mondes si jamais l’entente ne se faisait pas convenablement.

    - Mais dès lors, il sera trop tard…

    - Sorcière Léonie, ce que vous ne voulez pas que la réunification reproduise dans ce monde est en train de se produire. Le pollen que vous avez lancé dans le monde des sorcières plongent dans le sommeil toutes les sorcières souhaitant voir cette fameuse porte ouverte. Mais en faisant cela, vous partager de nouveau le monde des sorcières en deux clans. Vous ne vous vous en rendez peut-être pas compte, mais vous êtes en train d’entamer une nouvelle guerre entre sorcières, exactement comme la guerre de cent ans.

    - Ce serait terrible ! lança soudain Flora.

    - Sa Majesté à raison Léonie, s’exclama Dorémi. Et je sais que vous n’avez pas l’intention de recréer une autre guerre. Vous avez raison sur le faites que les humains se font la guerre encore aujourd’hui. Mais ça, personne ne pourra le changer. Pas même une sorcière. Mais nous pouvons néanmoins faire quelque chose pour eux. Nous pouvons aider les victimes à s’en sortir, et à redevenir heureux. Et si ces victimes connaissent l’existence de la magie, alors ils auront toujours une lueur d’espoir, une lueur de nouveau bonheur en perspective.

    - Les sorcières ne deviendront jamais esclaves des humains…

    - Je n’ai jamais insinué quelque chose de semblable, poursuivit-elle. Mais je sais que parmi les sorcières, certaines auront assez de cœur pour secourir ces pauvres gens. Les sorcières ne ressentent pas les mêmes émotions que les humains. Cette réunification est l’événement idéal pour changer les sentiments des sorcières. Vous l’avez vous-même vécu. Vous avez vous-même aider de pauvres innocents, victimes tout comme vous l’avez été. Je suis certaine que d’autres sorcières seraient prêtent à faire de même.

    - Dorémi à raison vous savez, poursuivit Loulou. Les humains peuvent aider les sorcières à ressentir plus d’émotions, et les sorcières peuvent aider les humains à vivre aussi heureux qu’elles.

    - Tout le monde est gagnant dans cette réunification, continua Sophie.

    - Et si jamais les humains venaient à s’en prendre aux sorcières, alors cette porte pourra de nouveau être fermée, expliqua Mindy.

    - Sa Majesté s’est assurée de prendre toutes les précautions nécessaires pour que cette réunification se passe pour le mieux, insista Émilie.

    - Et moi je suis d’accord avec mes mamans, ne put s’empêcher de lancer Flora. Parce que mes mamans ont toujours raison.

    Léonie était perplexe. Ces petites humaines ne pouvaient pas comprendre ce qu’elle avait enduré durant toute son enfance. Elles ne pouvaient pas comprendre à quel point ce monde lui procurait du bonheur, un bonheur qu’elle avait perdu il y avait bien longtemps. Alors, comment pouvaient-elles être aussi convaincantes ? Comment pouvaient-elles être aussi sûres d’elles ? Et si, finalement, ces petites humaines avaient raison…

    Léonie commença alors à se sentir mal. À se sentir de plus en plus mal. Tout en sombrant dans l’inconscience, son corps tourna sur lui-même. Et Léonie disparut.

    - Léonie !

     

    Bibi volait le plus vite possible. Elle suivait toujours monsieur flèche qui devait la guider jusqu’à Sa Majesté l’ancienne reine du monde des sorcières, qui vivait dans le monde des humains. Elle était déterminée à aider ses amies, malgré la promesse faite à sa sœur. Mais la forêt ne s’en prenait pas aux humains, et elle savait qu’elle ne s’en prendrait jamais à eux. Car l’existence du monde magique serait alors révélée. Et ce n’était pas l’objectif.

    Monsieur flèche s’arrêta alors au-dessus d’une maison, avant de disparaître.

    - Alors, ce serait ici que vivrait cette sorcière ? se questionna Bibi.

    Elle atterrit devant la porte mais, avant même d’avoir eu le temps de retirer son costume, par précaution, la porte de la maison s’ouvrit. Et Bibi se retrouva nez à nez avec la Sorcière Tourbillon, sorcière qu’elle était venu voir. Elle avait de très long cheveux gris, portant une barrette ressemblant à un épi de maïs. Ses yeux également gris était légèrement plissés et elle possédaient de très fins sourcils. Elle portait une longue et très jolie robe blanche à manches courtes.

    - Oh mais, tu es une apprentie sorcière, n’est-ce pas ?

    - Oui…

    - Ne serais-tu pas la jeune Bibi, la petite sœur de Dorémi ?

    - Si… c’est moi…

    - Mais dit-moi, que viens-tu faire ici jeune apprentie sorcière ?

    - J’ai besoin de votre aide Votre Majesté.

    - De mon aide ? Et en quoi puis-je t’aider ?

    - On m’a dit que vous étiez au courant de ce qu’il se passait dans le monde des sorcières.

    - Oui en effet, je suis au courant. Je sais que Sa Majesté ne souhaitait pas me mettre au courant de peur que cette forêt ne me fasse changer d’avis. Mais n’ai rien à craindre, je ne changerais pas d’avis.

    - Je suis rassurée… Mais… si je suis venue vous voir, c’était surtout pour une autre raison…

    - Parle. Je t’écoute.

    - Ma sœur et ses amies ont été enlevées par la forêt des sorts. Tout comme Sa Majesté et Camille. Et je dois absolument me rendre dans le monde des sorcières pour voir les membres du Cénacle. Mais les portes sont verrouillées et… je me disais que peut-être, vous aviez un autre moyen d’aller dans le monde des sorcières…

    - Mon accès est malheureusement verrouillé…

    Bibi perdit subitement tout espoir. Sa Majesté la reine d’avant représentait sa dernière lueur d’espoir de pouvoir retourner dans le monde des sorcières. Elle représentait sa dernière lueur d’espoir de retrouver sa sœur. Maintenant, elle ne pouvait plus rien faire pour la retrouver. Elle allait devoir annoncer à ses parents qu’elle leur avait mentit. Que Dorémi et ses amies n’étaient pas partis avec Maggie-Grigri. Que Flora n’était pas malade. Que Dorémi et les filles avaient tout bonnement disparus.

    - Mais si tu souhaites vraiment te rendre dans le monde des sorcières, j’ai peut-être un moyen de t’y emmener.

    Bibi releva soudainement la tête :

    - C’est vrai ! Vous pourriez vraiment m’y emmener ?

    - Je pense que cela est possible en effet. Si nous parvenons à contacter une sorcière se trouvant dans l’autre monde, nous n’aurons plus qu’à nous rendre devant la porte qui te permet habituellement de te rendre dans le monde des sorcières. Grâce à la magie et l’aide de ta fée, nous devrions réussir à passer.

    - Sauf que ma petite fée se trouve à l’école, chuchota alors Bibi.

    Néanmoins, l’ancienne reine l’avait entendu.

    - Ta petite fée se trouve où ça ?

    - Eh bien… à l’école.

    - Mais que fait ta petite fée à l’école ? demanda-t-elle surprise.

    - Elle a pris ma place pour que je puisse venir vous voir.

    - Je comprends. Retourne dans ta ville petite apprentie sorcière. Je te rejoindrais devant le passage lorsque tu auras récupéré ta petite fée.

    - Merci Majesté.

    Ce fut soulagé que Bibi prit le chemin du retour. Lorsqu’elle arriva à Misora, il n’était pas encore tout à fait l’heure de la fin des cours. Elle ne pouvait donc pas récupérer Fafa. Elle attendit donc, sur son ballet, que la sonnerie retentisse. Mais quand celle-ci retentit, mademoiselle Kiki retint la petite fée dans la classe. Visiblement, elle tentait d’obtenir des réponses, en vain. Alors, comme plus personne ne se trouvait aux alentours, Bibi entra par une fenêtre ouverte.

    - Bibi ! Tu m’as fait peur !

    - Je suis désolée mademoiselle. Mais je vais avoir besoin de récupérer ma petite fée.

    - Tu as pu obtenir des réponses ?

    - Oui. Sa Majesté l’ancienne reine connaît un autre moyen d’entrer dans le monde des sorcières. Elle me rejoint à la boutique.

    - Tu es certaines que ce soit une bonne idée de te rendre dans le monde des sorcières ?

    - Il faut absolument aider ma sœur et ses amies. C’est la seule solution qu’on ait.

    - Dans ce cas, tu restes bien entourée Bibi, je compte sur toi.

    - Oui mademoiselle, ne vous inquiétez pas, je serais très bien entourée.

    - Et tu me donnes des nouvelles le plus vite possible.

    - C’est promis.

    - Bibi, je passerais à la boutique dans la soirée. Je t’y attendrais.

    - D’accord… mais je ne sais pas quand je rentrerais…

    - Ce n’est pas grave. Je passerais la nuit là-bas s’il le faut. Mais j’ai promis à ta sœur de veiller sur toi, et je tiens vraiment à respecter ma promesse.

    - C’est très gentil mademoiselle.

     

    Épisode 24: Le désespoir de Bibi

    Épisode 26: Adieu forêt des sorts


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