• Épisode 28 :
    La justification

     

           Ce fut très angoissé que les filles se rendirent à l’école. Bibi n’avait pas d’excuses à donner puisqu’elle avait envoyé sa petite fée à l’école à sa place. Malheureusement, ce n’était pas le cas des filles. Car leurs petites fées avaient été, elles-aussi, aspirées dans la forêt des sorts. Mais arrivées devant l’établissement :

    - Les filles… je crois que nous ferions mieux de faire demi-tour… lança Dorémi, inquiète.

    - On s’est imaginée le pire Dorémi, alors il ne peut pas nous arriver quelque chose de pire que ce que nous avons imaginée, lui répondit Sophie.

    Mais très vite, elles furent rejointes par leurs camarades de classe.

    - Qu’est-ce qu’il vous est arrivé ?

    - Vous étiez où ?

    - Pourquoi vous avez loupé l’école ?

    - J’espère que vous allez mieux…

    - J’espère que vous avez une bonne excuse…

    - Vous avez quand même loupé une semaine entière…

    - Monsieur Akiota était très en colère…

    - Vous risquez d’avoir des problèmes…

    - Taisez-vous ! s’écria alors Dorémi. C’est une catastrophe ! On est les petites filles les plus malheureuses du monde !

    - Allez vient Dorémi, on doit y aller, lui dit Émilie en la tirant par le bras.

    Dorémi, Émilie, Sophie, Loulou, Mindy et Flora arrivèrent alors devant la porte du directeur.

    - Vous avez le certificat ? demanda Mindy.

    - Je l’ai, lui répondit Loulou.

    - Très bien… Allez… quand il faut y aller, il faut y aller…

    D’une main tremblante, Sophie frappa sur la porte.

    - Entrez !

    Terrorisées, les filles entrèrent dans le bureau de leur directeur d’école. Ce dernier possédait un visage relativement carré, allant parfaitement avec sa musculature impressionnante et peu rassurante. Personnage assez sévère, il avait de grosses lunettes carrés et des cheveux bruns et très courts.

    - Bon… Bonjour monsieur…

    - Ah ! Mesdemoiselles Asuka, Fujiwara, Harukaze, Makihatayama, Segawa et Senoo ! Je vous attendais toutes les six. Mais vos parents ne m’ont pas prévenu que vous étiez de retour parmi nous…

    - Nous sommes revenues tôt ce matin et… nous n’avons pas eu le temps de rentrer chez nous… improvisa Loulou.

    - En parlant de retour, madame Harukaze m’a informé que vous vous étiez rendu chez un médecin suite à l’état de santé très inquiétant de la jeune Flora Makihatayama. Mais, si vous êtes ici, je présume que vous allez mieux mademoiselle.

    - Oui, je suis en pleine forme ! s’exclama Flora.

    - Tant mieux pour vous. Néanmoins, vous rendez-vous compte de la gravité de la situation ? La première fois que j’ai contacté vos parents suite à vos absences en classe, ils étaient totalement surpris. Ils n’étaient même pas au courant que vous n’étiez pas à l’école ! Vous rendez-vous compte que vous êtes parties sans en informer qui que ce soit ?

    Les six amies baissèrent la tête. Évidemment qu’elles n’en avaient informé personne, puisque qu’elles étaient retenues dans le monde des sorcières contre leur volonté. Elles avaient été emmenées là-bas sans même pouvoir prévenir quelqu’un de leur absence. Mais, bien sûr, elles ne pouvaient raconter la vérité…

    - Monsieur… Flora était mourante, tenta Dorémi. On ne pouvait pas la laisser dans cet état…

    - Dorémi a raison, monsieur, poursuivit Sophie. Nous étions tellement paniquées que nous n’avons pensé qu’à Flora.

    - Et nous avons oublié d’avertir nos parents, enchaîna Mindy.

    - Monsieur, je suis certaine que vous auriez fait la même chose à notre place, affirma Loulou.

    - La vie de Flora était en jeu, conclut Émilie. C’était ce qu’il y avait de plus important pour nous.

    Leur directeur d’école les regardait d’une bien étrange manière. C’était comme s’il les passait aux rayons X, cherchant la moindre trace de mensonges dans le comportement de ses élèves.

    - Je comprends. Néanmoins, je n’ai aucune preuve pour justifier votre absence…

    - Nous avons le certificat, répondit Loulou en lui tendant le papier.

    Le directeur attrapa le papier, et le parcouru des yeux.

    - Le Docteur Guéritout…

    La peur envahit alors les filles. Allait-il les croire ?

    - Je vais l’appeler pour en avoir le cœur net.

    C’était ce qu’elles redoutaient. Un numéro de téléphone se trouvait bel et bien sur le certificat. Seulement, il était imaginaire. Leur directeur ne parviendra jamais à joindre ce docteur. Elles étaient perdues…

    Mais elles avaient une dernière carte à jouer : la magie.

    - Il faut que j’aille aux… commença Sophie.

    Elle s’apprêtait à sortir quand la porte du bureau du directeur s’ouvrit, laissant place à mademoiselle Coucou. Sophie s’arrêta.

    - Mademoiselle…

    - Ah ! Mademoiselle Coucou ! s’exclama le directeur. Ne bougez pas, j’en ai pour quelques secondes.

    - Reste là Sophie, chuchota l’infirmière scolaire. Tout va très bien se passer.

    - Mademoiselle, chuchota à son tour Sophie, monsieur Kitéimo est en train de joindre le médecin qui est censé s’être occupé de Flora… Mais le numéro de téléphone est un faux…

    Monsieur Kitéimo était le directeur de leur école.

    - Je sais. Mais ayez confiance mesdemoiselles.

    Quand une voix sortant du téléphone les fit se retourner.

    - Docteur Guéritout à l’appareil, que puis-je faire pour vous ?

    Dorémi, Émilie, Sophie, Loulou, Mindy et Flora reconnurent immédiatement la voix. C’était celle du véritable Docteur Guéritout, qui devrait normalement se trouver dans le monde des sorcières. Elles se retournèrent vers mademoiselle Coucou, qui leur souriait.

    - Oui, bonjour docteur. Je vous appelle afin de pouvoir justifier les absences de six de mes élèves. Pouvez-vous me confirmer que mesdemoiselles Mindy Asuka, Émilie Fujiwara, Dorémi Harukaze, Flora Makihatayama, Loulou Segawa et Sophie Senoo se trouvaient dans votre cabinet aux cours de la semaine qui vient de s’écouler ?

    - En effet, ces demoiselles se trouvaient dans mon cabinet durant la semaine. La jeune Flora souffrait d’une grave maladie, que l’on appelle la malédiction des légumes. Ne se nourrissant plus, son état de santé était très préoccupant. J’ai autorisé ses cinq amies, ainsi que son infirmière scolaire, à rester aux côtés de mademoiselle Makihatayama durant les soins.

    - Je vous remercie docteur.

    Il reposa le téléphone.

    - Vous ne m’aviez pas dit que mademoiselle Coucou se trouvait avec vous ? J’aimerais que vous me racontiez immédiatement ce qu’il s’est réellement passé !

    - Eh bien… nous… on a…

    - La semaine avant que Flora ne tombe gravement malade, Dorémi et ses amies étaient venues me parler, raconta mademoiselle Coucou. Flora ne se nourrissait plus. Elles étaient très inquiètes. En faisant des recherches, j’ai découvert qu’il existait cette maladie rare : la malédiction des légumes. Je suis donc partie à la recherche d’un médecin capable de guérir cette maladie. Ce médecin, j’en avais entendu parler par les filles elles-mêmes, qu’elles avaient déjà consultées. Je suis donc allée la chercher.

    Mademoiselle Coucou venait de justifier son absence. Mais comment allait-elle justifier celle des filles ?

    - Mais à mon retour, je suis passée à la boutique où habite Flora afin que le Docteur Guéritout puisse l’examiner. Dorémi, Émilie, Sophie, Loulou et Mindy s’y trouvaient. Elles étaient terrorisées. Flora était tombée, et elle avait perdu connaissance. Le Docteur Guéritout jugea qu’il fallait l’emmener de toute urgence dans son cabinet. Malheureusement, la grand-mère de Flora avait attrapé un gros rhum, et elle ne pouvait pas faire le voyage. Elle a donc demandé aux filles d’accompagner sa petite fille à sa place.

    Mademoiselle Coucou venait de justifier leur absence. Elle avait réussi à inventer une excuse tout à fait plausible en un temps limité.

    - Il aura fallu une semaine entière au Docteur Guéritout pour guérir la jeune Flora. Inquiètes, nous sommes restées à ses côtés afin de pouvoir la rassurer. La grand-mère de Flora devait prévenir les parents des filles de leur absence. Mais elle était tellement inquiète pour sa petite fille qu’elle a oublié de le faire. Voilà la raison pour laquelle ses six élèves ont manqué une semaine d’école, et pourquoi personne ne savait où elles étaient.

    Monsieur Kitéimo les regarda, suspicieux. Il avait toutes les preuves en main, il n’allait quand même pas ne pas les croire ?

    - Vous me confirmez que toute cette histoire est vraie, n’est-ce pas ? demanda-t-il aux apprenties sorcières.

    - Oui monsieur, nous vous disons la vérité.

    - Bien. Dans ce cas, je retire votre exclusion de cette école.

    Alors, comme ça, leur directeur avait déjà préparé leur exclusion avant même leur explication ? Néanmoins, les filles furent soulagées.

    - Cependant, cette histoire vient s’ajouter aux nombreux comportements étranges de votre part, constaté par votre professeur principal. Et je dois admettre… que je suis d’accord avec monsieur Akiota. Vous aviez prétendu… souffrir d’une maladie, d’une maladie répétitive. J’aimerais beaucoup avoir un justificatif d’une telle maladie.

    Dorémi, Émilie, Sophie, Loulou, Mindy et Flora se regardèrent. Comment justifier une maladie qu’elles n’ont jamais eues ? Il n’y avait qu’un seul moyen. C’était la magie.

    - Vos papiers se trouvent à l’infirmerie, s’exclama mademoiselle Coucou. Ils sont toujours sur mon bureau, allez les chercher.

    Sans attendre, les six apprenties sorcières sortirent du bureau et se rendirent dans l’infirmerie. Mais lorsqu’elles entrèrent :

    - Docteur Guéritout ! Mais qu’est-ce que vous faites ici ?

    - Il fallait qu’un médecin puisse répondre aux questions de votre directeur. Et il vous fallait également un médecin pour vous fournir un authentique certificat. Votre magie vous a permis d’obtenir le certificat, mais il vous manquait la signature du médecin.

    Il était vrai que les filles n’avaient pas vraiment pensé à ça.

    - Vous avez besoin d’autres justificatifs si je ne me trompe pas.

    - Oui… pour une maladie que nous n’avons jamais eu…

    - Je vois… Vos fées vous en remplacé durant certains cours et vos enseignants ont remarqué qu’elles ne prononçaient qu’un seul mot : leur prénom.

    Les filles hochèrent positivement de la tête.

    - Dans ce cas, vous attraperez régulièrement des angines, des angines qui se manifestent par un blocage de la parole, et un comportement parfois… incontrôlable. Donnez-moi vos certificats, et je vous les signerais.

    - Merci Docteur Guéritout !

    Les apprenties sorcières n’attendirent pas une seconde de plus pour passer leur tenue.

    - Pirouli Piroula et voilà !

    - Vous êtes prête les filles ?

    - Oui !

    - Pirikala Paporina Pékélatou Pépélato !

    - Pilipili Poupaloura Poupalou !

    - Pamékilak Larilori Palou !

    - Pouloulou Prune Fami Famifa !

    - Paparona Palouta Papali Papone !

    - Cercle magique !

    - Pololin Purolin Flora Florapi !

    - Donne-nous les papiers qui justifieront notre maladie imaginaire !

    Six papiers apparurent alors devant elles. Le Docteur Guéritout fit une signature sur chaque feuille des filles.

    - Je pense qu’il serait préférable de commencer à apprendre à parler à vos petites fées.

    Les filles se regardèrent, surprises.

    - On peut vraiment commencer à leur apprendre à parler ?

    - Cela va bientôt faire cinq ans que vous avez vos fées. Elles sont suffisamment grandes pour apprendre à parler. Mais allez-y doucement.

    - Merci Docteur Guéritout !

    Les filles repartirent, et prirent la direction du bureau du directeur.

    - Vous en avez mis du temps mesdemoiselles.

    - Excusez-nous monsieur… nous ne trouvions pas les papiers.

    Émilie lui remit les six certificats signés par le Docteur Guéritout.

    - Des angines ? Et comment se fait-il que ces « angines » se manifestent différemment avec vous six, mais pas avec les autres ?

    - Nous l’ignorons monsieur…

    Monsieur Kitéimo recula sur sa chaise, l’air penseur.

    - Qui vous suis pour cette « maladie » ?

    Dorémi, Émilie, Sophie, Loulou, Mindy et Flora se regardèrent. Personne ne les suivait pour cette « maladie » puisque, justement, elles n’étaient pas malades.

    - À en juger par votre attitude, personne ne vous suit. Et vos parents, qu’en pensent-ils de tout ceci ?

    Là encore, elles se regardèrent. Car leurs parents ne savaient rien puisqu’elles étaient en bonne santé.

    - Ne me dites pas que vos parents ne savent rien !

    Les filles baissèrent la tête. Monsieur Kitéimo essaya de garder son calme. Monsieur Akiota avait bel et bien raison. Ses jeunes élèves lui cachaient quelque chose. Leur histoire ne tenait pas debout. Comment ces jeunes élèves arrivaient-elles à cacher un secret aussi important que celui-là à leur famille ?

    - Vous rendez-vous compte de la gravité de la situation ? J’aimerais qu’à partir d’aujourd’hui, vos parents apprennent vos problèmes de santé. J’aimerais qu’à partir d’aujourd’hui, vous soyez pris en charge par…

    - Monsieur, si je peux me permettre, je connais ces élèves depuis leurs premiers pas dans l’école primaire de Misora, s’exclama mademoiselle Coucou. Je les connais mieux que personne. Si vous l’acceptez, je prendrais en charge ces élèves, et je m’occuperais d’en avertir leurs parents. Au moindre incident constaté par l’un des professeurs, je prendrais ces élèves en charge à l’infirmerie de l’école.

    Le directeur du collège de Misora regarda longuement son infirmière, ainsi que ses six élèves. Après tout, elle faisait partie du personnel de l’établissement. Il pouvait lui faire confiance.

    - Très bien, je vous laisse vous occupez de ces demoiselles. Ayant manqué le début des cours, vous patienterez jusqu’à la prochaine sonnerie à l’infirmerie. Cependant, ne croyez pas que vous allez pouvoir repartir d’ici en vous en tirant aussi bien mesdemoiselles. Si vous voulez que je garde le silence auprès de vos parents jusqu’à ce que vous leur disiez enfin la vérité, il va falloir me nettoyer les sanitaires jusqu’à la fin de l’année scolaire…

    Toutes les six tombèrent des nus.

    - Je suis la petite fille la plus malheureuse du mooooooooooonde !

     

    Épisode 27: Apprenties sorcières pour la vie

    Épisode 29: Nous ne nous séparerons jamais


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