• Épisode 4 :
    Sophie est aux anges

     

                Lundi était déjà là. Dorémi se réveilla de bonne heure ce matin. Même si l’idée de retourner à l’école ne l’enchantait guère, elle savait qu’après les cours, elle se rendrait au Maho-dou en présence d’Émilie et de Sophie. Mindy, toujours à cause du décalage horaire, ne pouvait pas venir en semaine. Quand à Loulou, sa carrière d’actrice lui demandait beaucoup de temps, l’empêchant de se rendre à la boutique magique après l’école.

    Se sentant toujours aussi seule dans cet établissement, Dorémi était cependant bien plus joyeuse qu’au début de l’année. Ses cheveux rouges formaient deux gros chignons de chaque côté de sa tête, maintenus par deux chouchou roses, avec une petite note de musique accrochée sur celui de gauche, au bout desquels pendaient quatre rubans de la même couleur. Elle avait également de grands yeux roses. Elle était vêtue d’un T-shirt rose à manches longues par-dessous un sweet violet à manches courtes comportant une capuche ainsi que deux petites poches blanches à l’avant. Elle portait un short marron gris, ainsi que de grandes chaussettes rose claires par-dessous des chaussures roses foncées et blanches.

    Passant devant son ancienne école primaire, elle entendit une voix familière l’appeler :

    - Dorémi ?

    Dorémi tourna la tête sur sa gauche. À côté d’elle se tenait mademoiselle Coucou, et paraissait appréhender la réaction de Dorémi. Mais celle-ci ne partit pas en courant, comme elle le faisait depuis six mois.

    - Mademoiselle Coucou.

    Un sourire s’afficha sur le visage de l’infirmière scolaire de l’école primaire de Misora. Elle était soulagée :

    - Je suis contente de te voir de nouveau heureuse.

    - Votre Majesté, je suis sincèrement désolée…

    - Dorémi, dans le monde des humains, je suis mademoiselle Coucou. Même si la malédiction des grenouilles a été levée, les deux mondes ne sont pas encore prêts à vivre ensemble. Alors, évitons de révéler notre secret aussi vite.

    - Vous avez raison, pardonnez-moi. Mais je tenais vraiment à m’excuser des réactions que j’ai pu avoir aux cours des six derniers mois…

    - Tu n’as pas à t’excuser Dorémi. J’ai toujours eu un œil sur vous toutes, ainsi que Maggie-Grigri. Et nous avions bien constaté que vous étiez toutes dans la détresse de cette séparation aussi soudaine. Alors, crois-moi, tu es toute pardonnée.

    - Je vous remercie.

    - Mais dis-moi, comment se porte Flora depuis la réouverture de la boutique ?

    - Elle est terrorisée par les clients. Elle refuse de descendre à la boutique lorsqu’un client s’y trouve. Même leurs voix lui font peur. Mais Votre Majes… mademoiselle Coucou, nous avons bien l’intention de tout faire pour l’aider à vaincre cette malédiction ! Je vous le promets !

    - J’ai confiance en toi et en tes amies Dorémi. Et je vous en remercie. Mais maintenant, tu devrais reprendre le chemin du collège avant d’arriver en retard.

    - Oh vous savez, sur ce coup-là, je n’ai pas tellement changé depuis l’école primaire, répondit-elle en se passant la main derrière la tête.

    Mademoiselle Coucou se mit alors à rire :

    - Oui, je sais bien.

     

    Plus tard dans la soirée, à Osaka, la jeune Sophie venait tout juste de revenir de la boutique Maho-dou via la magie, quand quelqu’un frappa à sa porte :

    - Sophie ? demanda Atsuko. Sophie, j’ai vu tes chaussures à l’entrée, tu es rentrée ?

    - Oui maman, je suis là !

    - Je peux entrer ?

    - Oui oui !

    Sa maman entra dans la chambre de sa fille. Ses cheveux bruns coupés très courts laissaient voir entièrement son visage dont les yeux se révélaient être d’un gris foncé légèrement violacé. Elle portait une chemise bleue violette, avec un col blanc formant deux pointes. Sa jupe marron lui arrivait plus haut encore que les genoux et elle portait des chaussures noires à talon aiguille.

    Elle alla ensuite s’assoir sur le lit de sa fille.

    - Tu as pu terminer tes devoirs avec ton amie ?

    En réalité, Sophie faisait ses devoirs au Maho-dou, en tenant la boutique. Mais ne pouvant pas avouer à ses parents qu’elle se rendait tous les soirs à la boutique de Misora, elle leur mentait en prétendant se trouver quelque part à Osaka avec une amie.

    - Oui, bien sûr. Pourquoi tu me poses cette question ? demanda Sophie, soudain inquiète que sa mère est découvert qu’elle se trouvait à Misora.

    - Je m’inquiète pour toi, tu sais. Depuis ton déménagement, ton comportement est différent. Bien évidemment, je vois bien que le fait de vivre avec tes deux parents te réjouis…

    - C’est la plus belle chose qui ait pu m’arriver maman !

    - J’en ai conscience.

    Elle se leva et attrapa la photographie représentant Dorémi, Émilie, Sophie, Loulou, Mindy et la petite Flora que sa fille avait posé en évidence sur son bureau.

    - Je sais que tu tiens énormément à cette photo. Et je sais aussi que tu tiens énormément à tes amies de Misora…

    - C’est peut-être vrai, mais je refuse de retourner à Misora si c’est pour recommencer à vivre séparé de toi !

    - Tu refuses de te faire de nouveau ami dans cette ville…

    - Si je sors tous les soirs pour faire mes devoirs avec une camarade, c’est bien que je me suis fait des amis, non ?

    Sophie commençait à se mettre en colère. Elle était heureuse de pouvoir enfin vivre avec ses deux parents unis. Même si elle devait vivre loin de ses meilleures amies, elle pouvait maintenant les revoir grâce à la magie. Alors pourquoi sa mère voulait-elle tant la faire changer d’avis ?

    - Sophie, si je te parle de tout ça, c’est que… la maison de retraite dans laquelle je travaille s’apprête à fermer et… et je risque d’être muté très loin de cette ville. Revoir tes amies sera beaucoup plus compliqué pour toi. Alors, je t’en conjure, réfléchis-y.

    Sophie ne sut quoi dire. Bien sûr qu’elle voulait rester avec ses parents. Elle attendait cela avec impatience depuis qu’elle était petite. D’un autre côté, même si maintenant, grâce à la magie, elle pouvait revoir ses amies, tout avait changé. Elle refusait de s’en trouver d’autres à Osaka et se sentait très seule. Revenir à Misora serait merveilleux, mais elle n’acceptera qu’à condition que ses deux parents viennent vivre avec elle.

    Le lendemain, à la boutique, elle fit part de cette conversation à Dorémi, Émilie et Maggie-Grigri.

    - Tu sais Sophie, tu dois suivre ce que ton cœur te dit de suivre, lui répondit Dorémi.

    - Avec la magie, tu peux venir nous voir quand tu veux, continua Émilie.

    Émilie possédait de longs cheveux châtain qu’elle attachait en une queue de cheval à l’arrière par un nœud papillon orange. Une épaisse mèche descendait le long du côté droit de son visage, cachant une partie de ses yeux marron et de sa paire de lunettes toute ronde. Elle portait un T-shirt à manches courtes beige agrémenté d’un col orange pâle, formant deux morceaux de tissus qui pendaient derrière son dos. Elle était également vêtue d’une jupe à volant orange, attachée par une ceinture violette fermée à l’arrière par un autre nœud papillon. Elle était chaussée de souliers bas marron d’où dépassaient de hautes chaussettes beiges.

    - Je le sais, soupira Sophie. Mais si je quitte ce pays, je ne pourrais plus venir ici quotidiennement. Et vous ne serez plus que deux pour protéger Flora et veiller sur la boutique.

    - Maggie-Grigri et Lala nous donnent déjà un sérieux coup de main. Et puis, je suis certaine que Bibi accepterait volontiers de venir s’occuper de Flora pendant que l’on s’occupe de la boutique, tenta Dorémi.

    - Et tu sais Sophie, même si Flora n’a que de trois ans et demi, elle a vécu une année entière en notre compagnie à l’école, insista Émilie. Elle est donc très avancée pour son âge et sait ce qu’elle peut faire ou non.

    - Oui mais le problème, c’est que sa vie est en danger. Si je pars, vous ne serez plus assez nombreuses pour veiller sur elle.

    Elle sortit de sa poche une photo représentant toutes les apprenties sorcières, en costume de niveau trois, ainsi que Flora, Maggie-Grigri, Lala et toutes les petites fées.

    - Je garde cette photo constamment sur moi. J’aimerais tellement que l’on puisse revivre comme sur cette image. On était tellement heureuse…

    - Sophie, je crois l’avoir la solution à ton problème ! s’exclama soudain Lala. Non loin de la boutique se construit un bâtiment…

    - Mais oui ! cria Dorémi, folle de joie. Ils vont faire une résidence pour personnes âgées ! Sophie, ta maman n’a qu’à demander sa mutation ici ! Et de cette manière, tu pourras revenir vivre à Misora en présence de tes deux parents !

    - C’est une excellente idée ! Merci les filles !

    Sophie enfila sa tenue d’apprentie sorcière et sortit sa baguette magique :

    - Pamékilak Larilori Palou ! Ramène-moi tout de suite à Osaka !

    Elle disparut de la boutique, avant de réapparaître dans sa chambre. Elle enleva son costume et sortit dans le salon où se trouvaient ses parents ainsi que son grand-père :

    - Maman ! cria-t-elle. Maman, on a trouvé ! Plus besoin de partir loin d’ici pour ton travail !

    - Sophie mais d’où sortes-tu comme ça ?

    - Ça n’a pas d’importance maman ! À Misora, ils sont en train de construire une résidence pour personnes âgées ! Tu pourrais travailler là-bas ! Et de cette manière, on retournera tous ensemble à Misora !

    - C’est une excellente idée. Mais tu sais ma chérie, ce n’est pas aussi simple que ça…

    - Quoi ! Mais pourquoi ?

    - De nos jours, retrouver du travail est très difficile. Il est vrai que j’ignorais qu’une résidence se construisait à Misora mais j’ai déjà demandé dans toutes les résidences de ce pays. Et je n’ai trouvé de place nulle part. Ce sera pareil à Misora.

    - On ne peut pas savoir tant qu’on n’a pas essayé maman !

    - Et puis…

    Elle baissa le ton de sa voix :

    - Il faudrait que ton grand-père accepte de partir vivre là-bas.

    - Il acceptera ! Je suis sûre que si nous le lui demandons gentiment, il acceptera. Quelle différence y-a-t-il de vivre dans une autre ville ou à Misora ?

    - Pour moi, il n’y en a aucune. Mais pour ton grand-père, Misora lui rappelle de très mauvais souvenirs. Tu as vécu là-bas avec ton père pendant de longues années. C’est pour cette raison qu’il a toujours refusé de se rendre dans cette ville.

    Sophie se leva et s’agenouilla devant son grand-père. Assis dans un fauteuil roulant, son front était dégarni et les cheveux qu’il avait à l’arrière de la tête était grisés. Il portait une chemise bleue turquoise en dessous d’un gilet d’un rose passé. Il portait aussi un long pantalon gris ainsi que des souliers de la même couleur.

    - Grand-père je t’en conjure, accepte de venir vivre à Misora avec nous ! S’il te plaît grand-père !

    - Nan ! Je ne mettrais pas un seul cheveu dans cette maudite ville !

    Sophie tomba des nues. Tous ses espoirs de refaire sa vie en présence de toute sa famille et de toutes ses amies s’évaporaient. Son père s’avança alors vers sa fille. De courts cheveux bruns plus foncés que ceux de sa femme, ils formaient une sorte de crête sur le dessus de sa tête. Il avait d’épais sourcils ainsi que des yeux bleus plus foncé que ceux de sa fille. Koji était chauffeur de taxi. Il portait une chemise blanche à manches longues, accompagnée d’une cravate verte foncée, qu’il rentrait dans son large pantalon vert kaki maintenu à sa taille par une ceinture noire. Il chaussait également des souliers noirs.

    - Sophie, commença son père, si cette ville est si importante pour toi, nous pouvons très bien retourner vivre là-bas tous les deux et…

    - Mais vous ne comprenez pas ! C’est avec vous tous que je veux retourner dans cette ville ! Sinon notre déménagement à Osaka n’aurait servi à rien ! Et j’aurais peiné Dorémi pour rien !

    Sophie partit de chez elle en courant. Elle était désespérée. Elle ne voulait pas quitter ses parents alors qu’ils venaient tout juste de commencer à vivre comme une vraie famille, une famille soudée. Mais Osaka n’était pas sa ville. Sa ville, c’était Misora. C’était l’endroit où elle se sentait chez elle. Et c’était là-bas qu’elle souhaitait vivre avec sa famille.

    Elle arriva sur un des ponts de la ville, passant au-dessus du fleuve. Pourquoi son grand-père s’obstinait tant à la voir malheureuse ? Après tout ce qu’elle avait fait pour lui, il pourrait au moins être indulgent. Elle voulait retourner au Maho-dou. C’était là-bas qu’elle se sentait chez elle.

    Elle partit du pont et trouva un endroit isolé pour se changer en apprentie sorcière.

    - Pamékilak Larilori Palou ! Faites que je retourne au Maho-dou !

    L’instant d’après, elle atterrît dans la boutique magique, tombant à genoux sur le sol. Elle ne parvenait pas à retenir ses larmes.

    - Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ? demanda Maggie-Grigri en arrivant dans la boutique.

    À la vue de Sophie, elle ne sut plus quoi faire.

    - Je vais chercher Dorémi, chuchota Lala.

    Lala partit et Maggie-Grigri essaya de consoler Sophie, mais n’ayant jamais réellement consolé les filles, elle ne savait pas tellement si prendre.

    - Sophie, mais enfin, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Ce n’est vraiment pas ton genre de craquer comme ça.

    Lala volait à toute allure. Arrivant devant la maison de Dorémi, elle passa par une fenêtre ouverte, puis pris son apparence de chat blanc. Elle arpenta la maison avant de la trouver dans la cuisine, en présence de sa famille. Lala sauta sur les genoux de Dorémi :

    - Mais il sort d’où ce chat ! s’exclama soudain son père.

    Keisuke Harukaze était un jeune papa passionné par la pêche, au grand damne de sa femme. Ses cheveux bruns, coupés courts, formaient des piques sur le dessus de sa tête et il avait trois petites mèches descendant au niveau de son front. Il portait des lunettes toutes rondes, semblable à celles d’Émilie, derrière lesquels se dessinaient ses yeux marrons foncés. Il portait une chemise rose, qui paraissait trop grande pour lui, en-dessous une veste de pêche vert militaire sans manche, comportant de nombreuses poches. Il portait également un jean bleu foncé ainsi que des baskets bleus et blanches.

    - Lala ? chuchota Dorémi.

    Lala sauta des genoux de Dorémi et attrapa son pantalon en la tirant vers la porte d’entrée.

    - Maman, je reviens ! cria Dorémi.

    Elle sortit en présence de Lala qui reprit alors sa forme de fée :

    - Lala mais, qu’est-ce que tu fais ici ?

    - Sophie est à la boutique.

    - Quoi ! Mais comment ça se fait ?

    - Je l’ignore. Mais elle parait être très bouleversée.

    Dorémi frappa dans ses mains et enfila son costume avant de prendre son ballet et de suivre Lala jusqu’à la boutique. Elles passèrent la porte du Maho-dou et trouvèrent Sophie, à genoux sur le sol, en pleure. Dorémi s’approcha d’elle et s’agenouilla à ses côtés :

    - Sophie… Qu’est-ce qu’il y a ?

    Celle-ci ne parvint pas à lui répondre. Quelques secondes après, elle sauta au cou de Dorémi :

    - Je ne pourrais jamais revenir à Misora… Ma mère n’a aucun espoir d’être muté ici… et grand-père refuse de mettre un pied dans cette ville…

    - Sophie… Je pense que tu devrais simplement leur laisser un peu de temps. C’est vrai, tu viens tout juste de leur annoncer la nouvelle. Il leur faut un peu de temps pour réfléchir.

    - Mais grand-père…

    - Ton grand-père finira par changer d’avis. C’est toi qui lui a permis de redevenir heureux, souviens-toi. C’est grâce à toi s’il peut vivre avec ta maman. Je suis sûre que s’il voit que tu n’es pas heureuse dans cette ville, il fera l’effort de venir vivre à Misora, pour ton bien.

    - Ce serait tellement merveilleux…

    - Laisse leur juste un peu de temps.

    - J’aimerais tellement que tout redevienne comme avant… que je puisse vivre avec vous à Misora avec mes deux parents unis…

    - Sophie, nous sommes redevenus des apprenties sorcières. Nous retravaillons au Maho-dou. Et nous nous occupons de Flora. Exactement comme avant. Pour moi, je trouve que c’est déjà merveilleux.

    - Oh Dorémi merci… merci beaucoup…

    - Ça sert à ça les amies. Rentre chez toi Sophie. Ta famille va commencer à s’inquiéter.

    - Dorémi… merci.

    - C’est normal Sophie. Et puis, maintenant que nous avons toutes des téléphones portables, tu sais que tu peux m’appeler quand tu veux.

    - C’est très gentil.

    - Je te dis à demain Sophie.

    - Oui.

    Elle sortit sa baguette magique :

    - Pamékilak Larilori Palou ! Ramène-moi de suite à Osaka !

    Et Sophie disparut de la boutique.

     

    Le lendemain, elle revint la boutique, extrêmement heureuse :

    - Dorémi ! Dorémi tu ne vas pas me croire ! La mutation de ma mère a été acceptée à Misora ! Elle a été acceptée alors qu’elle n’a même pas le souvenir de l’avoir demandé ! Tu te rends compte ! Et grand-père a fini par accepter ! Je vais revenir vivre à Misora avec vous les filles !

    - C’est super ! Félicitation Sophie !

    Plus loin, Maggie-Grigri et Lala avaient écouté la conversation :

    - À mon avis, il y a de la magie derrière tout ça, dit alors Maggie-Grigri à sa fée.

    - Oui, il n’y a pas d’autre explication. Tu penses que Sa Majesté aurait pu arranger tout ça ?

    - Je ne vois personne d’autre.

     

    Épisode 3: La réouverture de la boutique

    Épisode 5: Le secret menacé


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