•  Épisode 8 :
    La garde rapprochée

     

                Le week-end était déjà terminé. Et les filles furent contraintes de se quitter pour retourner à l’école. Dorémi et Sophie se rendirent ensemble dans leur nouveau collège.

    - Dit moi Sophie, tu penses que nous arriverons à sauver Flora de cette malédiction sans révéler notre secret à nos amis ?

    - Je ne sais pas. Sa Majesté a demandé à mademoiselle Kiki de venir car elle avait entièrement confiance en elle. Et elle a eu raison parce qu’elle a découvert la vérité. S’il se produit la même chose à chaque fois que Flora ne paniquera pas devant un humain, nous risquerons fortement de dévoiler notre secret à tous.

    Dorémi s’arrêta de marcher. Et si c’était ça le secret pour guérir au mieux Flora ? La malédiction des grenouilles a finalement été levée, plus aucun risque de se transformer en grenouille maintenant.

    - Dorémi, ça ne va pas ?

    - Sophie, et si nous… et si nous révélions notre secret à nos parents ?

    - Quoi ? Dorémi mais tu es devenue complètement folle !

    - Ce qui nous empêche de guérir Flora au plus vite, c’est cette peur que nos amis découvrent notre secret. Mais si nous leur le révélons, plus rien ne nous empêchera de l’aider convenablement. Sa Majesté souhaite que le monde des humains côtoie le monde des sorcières. Alors pourquoi ne pas commencer maintenant ?

    - Mais Dorémi, le monde des humains n’est pas encore prêt à accepter la magie ! Il est encore trop tôt pour ça. Si nous révélons notre secret, nous serons perçus différemment des autres. Nous serons mal vus de la communauté. Et s’ils apprennent que Flora est une sorcière, nous la mettrons encore plus en danger.

    - Certains humains ne sont pas prêts d’accepter la magie. Mais il y en a qui sont prêt…

    - Dorémi, il est encore trop tôt. Tu dois faire confiance en Sa Majesté concernant nos deux mondes. Pour l’instant, notre tâche est d’aider Flora et de la protéger. Et nous parviendrons à le faire même si cela nous demandera beaucoup de temps. Nous n’avons aucune contrainte de temps pour l’accomplir. Tu es d’accord ?

    - Tu as raison. Je suis désolée Sophie. Mais je suis tellement inquiète. Sa Majesté nous a demandé de ne pas emmener Flora dans le monde des sorcières et d’être extrêmement prudentes si nous, nous décidions d’y aller. Le monde des sorcières doit avoir de sérieux ennuis si Sa Majesté nous met en garde.

    - Je le sais. Mais elle est capable de prendre les bonnes décisions au bon moment. Alors, occupons-nous de Flora, et laissons Sa Majesté s’occuper du monde des sorcières.

    Les deux filles arrivèrent dans leur salle de classe. Le professeur entra dans la pièce et posa sa veste sur le dossier de la chaise :

    - Silence s’il vous plaît. Avant de commencer le cours d’aujourd’hui, j’ai une information à vous communiquer. Monsieur Takas, l’infirmier de notre établissement, a malheureusement été contraint de partir de la ville. Par conséquent, monsieur Takas a été remplacé par mademoiselle Coucou, qui sera votre nouvelle infirmière scolaire. Bien, nous pouvons commencer le cours.

    Dorémi et Sophie se regardèrent.

    - Pourquoi mademoiselle Coucou est-elle venue dans le collège ? demanda Sophie à Dorémi en chuchotant.

    - Je ne sais pas. Mais je ne suis pas certaine que monsieur Takas soit partit de son plein gré.

    - Il se passe vraiment quelque chose d’étrange.

    - Nous irons la voir après les cours.

    - Oui bonne idée…

    - Mademoiselle Harukaze et mademoiselle Senoo ! s’exclama soudain le professeur. Je vous prie de cesser votre conversation avant d’être dans l’obligation de vous virer de ce cours !

    - Excusez-nous professeur, répondirent les deux filles.

     

    De son côté, Émilie écoutait attentivement son cours de musique. Du moins, elle faisait de son mieux pour le suivre. En effet, le danger qui menaçait Flora la tracassait beaucoup. Elle craignait que quelque chose ne lui arrive en son absence et en celle de ses amies. Elle parvenait à se convaincre que Flora ne craignait rien en la présence de Maggie-Grigri. Mais malgré cela, son appréhension était toujours présente.

    - Émilie Fujiwara, pourriez-vous nous citer une différence entre un son grave et un son aigu ? demanda son professeur.

    Émilie sortit alors de ses pensées en entendant son nom et se leva :

    - Oui… Oui bien sûr. Un son grave et un son aigu sont totalement opposés l’un de l’autre. Un son grave correspond à une fréquence relativement basse alors qu’un son aigu correspond à une fréquence élevée…

    Son regard fut alors attiré par un oiseau perché dans l’arbre proche de la fenêtre. Cet oiseau paraissait différent des autres. Émilie n’en avait jamais vu un de cette couleur : blanc parsemé de violet foncé à chaque extrémité des plumes.

    - Il s’agit bien d’une différence élémentaire entre les deux sons. Néanmoins, vous auriez pu mieux faire, s’exclama son professeur au moment où elle reprit place sur sa chaise. Maryline, voulez-vous bien nous parler d’une autre différence qui existe entre les deux sons ?

    - Un son grave et un son aigu n’ont pas la même hauteur…

    Cet oiseau intriguait de plus en plus Émilie. Elle n’en avait jamais vu un semblable. Et pourtant, quelque chose essayait de la persuader du contraire. Et elle finit par comprendre pourquoi. En effet, elle aperçut que cet oiseau était doté de petites bottes violettes foncées. Un oiseau doté de bottes ? Émilie n’avait plus aucun doute. Cet oiseau était forcément une sorcière. Seulement, pourquoi une sorcière la surveillerait-elle ?

    À la fin du cours, Émilie sortit en courant du bâtiment et se rendit dans le parc. Arrivée au pied de l’arbre, l’oiseau avait disparu :

    - Je n’avais pas rêvé, cet oiseau était bien dans cet arbre ? se questionna Émilie.

    - De mieux en mieux. Voilà qu’elle parle toute seule maintenant, s’exclama une voie derrière son dos.

    Émilie se retourna. Derrière elle se trouvait Éléna Tamaki, une ancienne camarade de l’école primaire qui se trouvait dans sa classe, au grand désarroi d’Émilie. Sa camarade possédait de longs cheveux blonds et bouclier au niveau des pointes. Elle avait deux longues mèches qui lui descendaient de chaque côté du visage, et possédait des yeux noisette. Elle portait une robe orange à manches courtes, lui arrivant plus haut encore que les genoux, et chaussait des ballerines noires.

    - Et alors, je ne vois pas en quoi cela te dérange.

    - Pauvre Émilie. Maintenant que ses amies ne sont plus avec elle, elle a été contrainte de se faire des amis imaginaires.

    - Tu n’y es pas du tout…

    - Je sais que vous avez rouvert votre boutique, toi et tes amies. Seulement, en tant qu’ancienne présidente du conseil des élèves, je tiens absolument à savoir comment Mindy et Loulou font pour venir chaque week-end à Misora.

    - Mais tu n’es plus la présidente. Par conséquent, je n’ai pas à te le dire. Si tu veux vraiment le savoir, tu n’as cas leur le demander toi-même.

    - Très bien, comme tu veux. Mais si mes souvenirs sont bons, la jeune Flora vous aidait elle-aussi dans cette boutique. Alors pourquoi n’est-elle pas revenue elle-aussi ? Elle a décidé de vous oublier, c’est ça ? Elle n’a plus envie de vous voir ? Elle…

    - Tait toi Éléna ! Tu ne peux pas comprendre ce qu’il se passe en ce moment !

    Émilie partit en courant, sans parvenir à retenir ses larmes, laissant une Éléna complètement peinée, attristée, se demandant si elle n’avait pas dit quelque chose de vexant. Éléna était allée beaucoup trop loin pour Émilie. Flora était malade. Flora était malade et en danger. Elle et ses amies faisaient tout pour la soigner. Elle et ses amies faisaient tout pour la protéger. Cette situation était déjà très difficile à vivre au quotidien. Chaque fois qu’elle se séparait de Flora, elle avait très peur qu’il ne lui arrive quelque chose. Et lorsqu’elle était à l’école, Émilie devait supporter cette angoisse seule. Et Éléna n’avait pas besoin d’en rajouter.

    Mais cette solitude pesait sur les épaules d’Émilie. Cette ambiance scolaire la rendait nerveuse et la démoralisait de jour en jour. Elle ne voulait plus être seule. Elle ne voulait plus être loin de ses amies alors que Flora était en danger. Elle ne voulait plus revenir dans cette école. Elle ne voulait plus étudier la musique, plus pour le moment. Elle voulait pouvoir vivre son adolescence comme tous les autres, presque comme tous les autres. Elle voulait la vivre en présence de ses amies, dans un environnement qui lui correspondait. Elle rêvait de devenir violoniste, et elle voulait faire plaisir à sa maman qui la poussait dans ce sens. Mais, aujourd’hui, sa priorité était le bien-être de Flora, lui redonner une bonne santé, lever cette malédiction. Son rêve, elle pourra toujours le réaliser plus tard.

     

    La fin du cours arriva. Dorémi et Sophie sortirent de classe et se rendirent au plus vite à l’infirmerie où se trouvait mademoiselle Coucou, comme elles le souhaitaient. La pièce renfermait cinq lits, alignées tout au fond, entourés de rideaux afin de laisser un peu d’intimité aux occupants éventuels. Un bureau devant lequel se trouvait la nouvelle infirmière de l’établissement se tenait sur la droite des deux amies qui venaient d’entrer, et trois autres plus petits pouvant servir à des élèves s’alignaient contre le mur d’en face. Une armoire renfermant différents accessoires ou papiers se trouvait à côté du bureau de l’infirmière.

    - Mademoiselle Coucou…

    Elle se retourna. En voyant qu’il s’agissait des deux filles, elle leur sourit :

    - J’étais certaine que vous viendriez à l’infirmerie toutes les deux.

    - Mademoiselle… nous ne comprenons pas…

    - Vous vous demandez pourquoi j’ai quitté l’école primaire de Misora ? Tout simplement pour être le plus près possible de vous deux. En vous rendant votre statue d’apprentie sorcière, je ne m’attendais à vous mettre autant en danger. Maintenant que mademoiselle Kiki est au courant pour Bibi, elle peut veiller sur elle. Mais normalement, Bibi ne devrait pas courir de danger. Voilà la raison pour lequel je suis venue ici. Pour réparer du mieux possible mon erreur.

    - Mais Votre Majes… mademoiselle Coucou, en nous rendant nos pouvoirs, vous avez fait en sorte que la vie de Flora soit protégée par un maximum de personnes. Et c’est le principal. Vous avez fait le bon choix.

    - Je suis consciente que c’était la meilleure des solutions pour Flora. Mais maintenant, c’est vous que nous devons protéger. Ces nuages qui apparaissent sont dangereux. Le Docteur Guéritout peut aider les sorcières touchées par ces nuages. Mais elle ne peut pas faire de même sur les humains, pas encore du moins. Je suis venue dans cet établissement pour faire en sorte que ces nuages ne vous atteignent pas. J’ai demandé à Camille de veiller sur Émilie, à Roxane de veiller sur Loulou et à Vanille de veiller sur Mindy.

    Dorémi et Sophie se regardèrent. Si Sa Majesté avait demandé à des sorcières de veiller sur Émilie, Mindy et Loulou, et qu’elle se chargeait elle-même de la surveillance des deux filles, alors la menace était vraiment sérieuse.

    - Je vous demanderais néanmoins d’être extrêmement prudente et de veiller les unes sur les autres.

    - Oui, bien sûr. Mademoiselle Coucou, est-ce que nous mettons nos proches en danger en restant avec eux ?

    - Je ne peux malheureusement pas vous répondre qu’il n’existe aucun risque. Vous êtes visées parce que vous êtes les mamans de Flora et que vous faites tout ce que vous pouvez pour l’aider et la sauver. Vos proches ne ressentent pas les mêmes émotions envers Flora.

    - Ce n’est pas très rassurant pour autant…

    - Mais je ne pense pas que la personne qui contrôle la forêt des sors s’en prennent aux humains qui n’ont pas conscience de l’existence d’un autre monde. Si elle empêche Flora de gouverner notre monde, c’est simplement parce qu’elle refuse que les deux mondes soient reliés, tout comme le souhaitait l’ancienne reine. Si elle lance des malédictions sur les humains, ils finiront par avoir des doutes. Et ce n’est pas ce qu’elle souhaite.

    - Alors, normalement, nous n’avons pas à nous inquiéter pour eux ?

    - Non, je ne pense pas…

    Au même instant, une mélodie sortit de la poche de Dorémi :

    - Dorémi ! Tu as encore oublié d’éteindre ton téléphone portable avant d’entrer en classe ! s’exclama Sophie.

    - Pardon, je suis désolée, je vais…

    Sur son écran, elle lut le nom de son amie Émilie.

    - Dorémi, qu’est-ce qu’il y a ?

    - C’est… c’est Émilie. Elle n’était pas censée sortir de l’école pendant la pause de midi.

    Elle se décida à décrocher :

    - Allô Émilie ?

    - Dorémi, je t’en supplie, j’ai besoin d’aide !

    - Émilie, qu’est-ce qu’il se passe ?

    - Un nuage est de nouveau apparut dans la boutique ! Maggie-Grigri m’a demandé de partir avec Flora mais d’autres sont apparus et j’ignore comment elle va !

    - Quoi ! Émilie, où est-ce que tu es ? Et est-ce que Flora n’a rien ?

    - Dorémi, qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Sophie inquiète.

    - Je suis dans le parc avec Flora, elle n’a rien mais nous devons aider Maggie-Grigri !

    - Ne bouge pas Émilie, nous allons à la boutique.

    - Merci Dorémi.

    Dorémi raccrocha :

    - Il faut qu’on aille à la boutique et vite, dit-elle en tirant Sophie par le bras !

    - Mais pourquoi ?

    Sophie se dégagea de l’emprise de Dorémi :

    - Je veux d’abord que tu m’expliques ce qu’il se passe !

    - Émilie est partit se cacher avec Flora dans le parc ! Des nuages sont apparus dans la boutique et Maggie-Grigri est restée seule avec eux ! On doit l’aider ! Allez vient, on doit se changer !

    - Vous ne parviendrez pas à chasser les nuages. Seule une sorcière en a le pouvoir.

    Mademoiselle Coucou claqua des doigts. Un étrange cliquetis retentit au niveau de la serrure de la porte.

    - Changez-vous ici, et demandez à nous transporter au plus vite dans la boutique magique.

    - D’accord.

    Les filles frappèrent sur leur bracelet et enfilèrent leur costume d’apprentie sorcière.

    - Pirouli piroula et voilà !

    Seulement, elles ne pouvaient pas partir de l’école sans raison valable, même en présence de l’infirmière scolaire.

    - Dodo.

    - Fifi.

    - Vous voulez bien nous remplacer pendant quelques heures, le temps que l’on règle notre problème ?

    - Dodo ! répondit la fée de Dorémi en prenant l’apparence de celle-ci.

    - Fifi ! répondit la fée de Sophie en prenant l’apparence de celle-ci.

    - Merci les fées. Tu es prête Sophie ? demanda Dorémi.

    - Oui.

    Les deux filles sortirent leur baguette magique.

    - Pirikala Paporina Pékélatou Pépélato !

    - Pamékilak Larilori Palou !

    - Transporte-nous toutes les trois dans la boutique magique de Maggie-Grigri ! s’exclamèrent ensemble les deux filles.

    Dorémi, Sophie, et mademoiselle Coucou quittèrent alors l’infirmerie du collège de Misora.

     

    Épisode 7: Le danger est partout

    Épisode 9: Ne pleure pas Émilie!


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